Un chiffre qui ne trompe pas : la rentabilité des pharmacies s’écroule doucement, mais sûrement. Rien d’alarmiste, juste la réalité brute d’un secteur qui, s’il ne renverse pas la vapeur, risque d’y laisser des plumes. Face à cette pente glissante, il devient impératif pour la pharmacie de sortir de ses schémas habituels et de retrouver une dynamique porteuse, quitte à bousculer son propre modèle économique.
Que se passe-t-il dans le secteur de la pharmacie ?
Avant d’examiner les enjeux de la pharmacie en 2019, il faut dresser un tableau sans fard du contexte actuel.
La pression monte, alimentée par la croissance de la parapharmacie, l’essor de l’automédication et la diminution des médicaments pris en charge par la Sécurité sociale. Résultat : moins d’officines, davantage de regroupements, un marché qui se concentre.
Pour la plupart des pharmacies, l’essentiel des revenus provient des médicaments remboursés, qui pèsent pour 72 % du chiffre d’affaires. Mais depuis 2010, la baisse des prix imposée sur ces références fait chuter les ventes en valeur de 1,7 % par an. Avec un taux de substitution des génériques stabilisé à 80 % depuis 2016, impossible de miser sur une croissance de ce côté. Conséquence directe : dès 2012, le chiffre d’affaires global des officines françaises recule de 6,4 %. En 2017, le déremboursement de nouveaux médicaments vient encore retrancher 1 %.
Une réforme a vu le jour en 2015 : les honoraires de « dispensation » modifient la rémunération des pharmaciens. En 2019, trois nouveaux types d’honoraires s’ajoutent à la liste. Mais ce dispositif suffit-il à enrayer l’érosion des marges ? Rien n’est moins sûr, tant la délivrance de médicaments reste le moteur principal de la rentabilité des pharmacies.
Les défis qu’il faut relever
Pour ne pas se laisser distancer, la pharmacie doit sortir de son périmètre traditionnel et s’ouvrir à l’ensemble du marché de la santé, tout en préservant son monopole sur le médicament. C’est la seule façon d’élargir sa proposition de valeur. Cela passe par l’offre de produits de conseil, ou encore par le déploiement de services de prévention.
Renforcer la confiance des clients implique aussi une montée en gamme des services proposés. Il faut écouter avec attention, comprendre les besoins spécifiques des patients, et y répondre de façon adaptée. La palette des services s’étend : livraison à domicile, accompagnement au sevrage tabagique, prescription d’analyses… Autant de prestations qui, au lieu d’être offertes à la volée, devraient s’inscrire dans une stratégie claire, avec un modèle économique solide.
La pharmacie de quartier doit aussi apprendre à cibler son offre selon la population alentour. Crèches, EHPAD, besoins spécifiques : adapter les services à la réalité locale permet de se démarquer sur un marché saturé.
Si le risque de compérage de l’article 23 du Conseil National de l’Ordre des Médecins venait à disparaître, les officines pourraient mutualiser leurs offres de proximité avec d’autres professionnels : infirmiers, opticiens, aides à domicile… Cette ouverture favoriserait une prise en charge globale, en rassemblant toutes les compétences nécessaires autour du patient.
Zoom sur la télémédecine
La télémédecine s’impose comme un levier incontournable pour améliorer le suivi et le parcours de santé du patient. Grâce à la télépharmacie, le pharmacien peut accompagner son client sur la durée, s’appuyer sur le dossier médical partagé, dispenser des conseils personnalisés. C’est un moyen concret de renforcer la mission de prévention et de positionner la pharmacie comme un acteur pivot du parcours de soin.
Comment parvenir à ces changements ?
Pour engager ce tournant, les professionnels devront investir dans le développement de leurs compétences et leur expertise. Cela implique aussi de repenser l’organisation du travail, voire de réaménager les espaces pour rendre le lieu plus accueillant et performant au service du patient.
La pharmacie conserve de sérieux atouts, mais sa survie passe par une transformation profonde. À elle de s’affirmer comme un véritable carrefour de santé, centré sur l’écoute, l’innovation, et l’agilité face aux mutations du secteur.



